Film Alerte

Un virus…

Les premiers cas étaient apparus en début de matinée, vers huit heures. Un appel téléphonique d’une secrétaire affolée avait alerté la caserne des pompiers d’Interlaken. Les ambulances avaient aussitôt commencé leur ballet, en direction du laboratoire de recherches en agronomie appartenant à une riche héritière. Les urgences du modeste hôpital de la petite ville s’étaient vite retrouvées dépassées par les événements. Ce fut l’une des plus anciennes employées du laboratoire, une experte-comptable, qui fut atteinte des premiers symptômes. On ne s’affola pas, et on mit sa mort aussi brutale qu’impressionnante sur le compte du cancer de l’estomac contre lequel elle se battait depuis quelques mois, ne venant travailler que lorsque la maladie lui laissait quelque répit. Mais quand une dizaine d’employés de l’entreprise familiale de Satya se mirent à perdre du sang, aussi bien par les yeux que les oreilles ou la bouche, on téléphona au maire.

Celui-ci arriva à l’hôpital en quelques minutes, superbe, en manteau de laine et cachemire par-dessus un costume de haute couture, accompagné d’un adjoint obséquieux. Lorsque ce dernier fut emmené à la morgue trente minutes plus tard, et alors que le maire lui-même gisait sur une couchette dans l’un des couloirs de l’hôpital, le teint verdâtre, auprès du médecin-chef également terrassé par une fièvre sans précédent, on informa le préfet du canton de la situation. Quelques minutes plus tard, le vice-chancelier de la Suisse fut mis au courant. Un des gratte-papiers de son cabinet appela son cousin chroniqueur au journal local. Vers onze heures du matin, tandis que Kirsten allumait la télévision, une reporter abasourdie et effrayée se tenait, avec son micro et son cameraman, devant la porte des urgences, et parlait d’attentat. C’est ce qu’on lui avait dit d’annoncer.

La vérité était que personne ne savait, mais des ordres étaient venus d’en-haut. Les médecins avaient cru reconnaître les symptômes de la grippe espagnole, mais en beaucoup plus virulents et rapides. Cela n’expliquait néanmoins pas l’hémorragie interne dont mouraient leurs patients. Ils évoquèrent du bout des lèvres le virus Ebola, mais à leur connaissance, aucune maladie existante ne regroupait l’ensemble des symptômes.

Le vice-chancelier fut le premier à parler d’attentat, quelques minutes avant de demander qu’une voiture le conduisît à l’aéroport. Mais l’hélicoptère qu’on mit à sa disposition ne vola pas en direction d’Interlaken. Il se rendit en Scandinavie.

A neuf heures du matin, lorsque les pistes de ski du village en contrebas du chalet ouvrirent comme à l’habitude, le virus était déjà monté avec le funiculaire.

Extrait de mon roman Oméga, Pandémie programmée

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